Jean-Louis Bianco était l’invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Louis Bianco.
Jean-Louis Bianco : Bonjour.
La semaine dernière par la cour d’appel de Rennes a condamné, après une procédure judiciaire, qui a duré dix ans, Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, a verser des arriérés de salaires et des indemnités à deux de ses anciennes collaboratrices. L’ancien Premier ministre Jean Pierre Raffarin, adversaire de Ségolène Royal en Poitou-Charentes a déclaré à cette occasion que « la délinquance sociale, c’est une faute majeure ». Et il demande la démission de Ségolène Royal. « Délinquance sociale », « faute majeure ».
Jean-Pierre Raffarin nous sort une raffarinade de plus ! Je crois qu’il y a surtout une chose chez Jean-Pierre Raffarin, c’est qu’il n’a pas digéré d’avoir perdu la région Poitou-Charentes. Donc si il pense que la démission de Ségolène Royal est une manière pour lui de gagner une élection, libre à lui…
… Vous avez entendu l’auditeur qui nous a précédé…
… Tout ça n’est pas sérieux..
… Il y a peut-être dans l’opinion publique quelque chose…
… On fait de cette affaire un montage absolument scandaleux. Vous l’avez rappelé, c’est une procédure qui dure depuis dix ans. Il y a eu instance, premier appel, cassation, instance, appel et des jugements constamment contradictoires. Et il y même un jugement qui a dit c’est un imbroglio juridique. Vous savez, à la fin d’une période de mandature de député, on licencie ses collaborateurs, et on les réembauche éventuellement après. Il y a eu une période de flou dans ce cas là. La cour d’appel a donné raison aux salariées mais pour une affaire qui dure depuis dix ans, qui porte sur un poids juridique controversé, en aller jusqu’à où va Jean-Pierre Raffarin, ça n’est pas très sérieux et ça montre que pour quelqu’un qui veut être président du Sénat, il me semble pas qu’il ait les capacités de l’être quand il se comporte comme ça.
Et en même temps, on se dit qu’un responsable politique, étant donné que tout de même on vit publiquement, peut mettre un terme à une procédure judiciaire avant de laisser des salariés dix ans dans l’incertitude…
… Les premiers jugements étaient en sens inverse. Voilà la réalité et donc ils sont arrivés dans ce sens là mais encore une fois il s’agit d’un point compliqué, d’un point controversé, je peux vous garantir que pour voir travailler Ségolène Royal, je connais personne qui soit aussi soucieux du respect des règles qu’il s’agisse des moyens de la région, des moyens de l’état.
Mais le dernier état de jugement, donc la cour d’appel de Rennes, parle de licenciements sans cause réelle et sérieuse. C’est embêtant quand on veut représenter un camp qui se dit toujours attaché au droit du travail et à la défense des salariés, d’être condamné par la justice française pour un licenciement sans cause réelle ni sérieuse.
Je vous l’ai dit ce que c’était que le licenciement sans cause réelle et sérieuse…
… C’est le dernier résultat de la justice…
… C’est une période transitoire entre le moment où on est député et le moment où on fait une nouvelle campagne électorale. Je crois que cette affaire là ne mérite pas tout le bruit qu’on lui fait, qui a d’ailleurs été exploitée par l’UMP. Vous avez vu que l’UMP a commencé par faire une conférence de presse. J’aimerais bien que l’on parle autant des choses beaucoup plus graves qui se passent dans le comportement d’un certain nombre de responsables de l’UMP.
Le Parti socialiste a commencé… c’est à dire ?
C’est à dire qu’il y a des tas de cas, par exemple dans les Hauts-de-Seine, Monsieur Balkany, le comportement de monsieur et madame Balkany, l’usage de l’argent public pour des frais privés…
… Vous faites référence au mariage qui a eu lieu dans la mairie de Levallois, la semaine dernière…
… Exactement, je crois que la confusion des genres entre les moyens personnels et les moyens de la mairie ou de l’état est scandaleuse.
Et donc monsieur Balkany qui est député comme vous…
… et proche de monsieur Sarkozy. Mais je crois que…
… Vous aimeriez qu’il s’explique sur son mariage…
… J’aimerais surtout qu’on puisse parler des problèmes de fond parce que je crois que c’est ça qui est intéressant et je pense qu’on va y arriver.
Le congrès du Parti socialiste, ce sont des problème de fond, est entré dans sa phase de préparation, Emmanuelle Julien qui travaille au service politique de RTL, a mis un reportage à l’antenne la semaine dernière où il apparaissait que les partisans de Ségolène Royal avaient la vie dure à l’intérieur du Parti socialiste. On ne leur prête pas de salles, ils n’ont pas accès aux fichiers; c’est vrai Jean-Louis Bianco?
C’est vrai dans un département à ma connaissance qui s’appelle la Sarthe…
… Ils ont cité l’Essonne, le Val-de-Marne et dans le Nord aussi.
… Donc c’est encore plus large que ce que je pensais et je crois que c’est ridicule. Moi je pensais pas que mon parti était ici ou là un parti stalinien. Ce qui compte c’est la qualité du débat. Nous avons lancé une vingtaine, avec Ségolène Royal, et nous sommes rejoints chaque jour par des dizaines de responsables et de militants, un débat participatif, parce que nous pensons que nous ne détenons pas la vérité. Nous avons posé une analyse de la société française, des craintes, des angoisses des français, une analye des valeurs qui doivent nous guider et nous posons un certain nombre de questions. Alors j’entends ici ou là, ce qui nous intéresse c’est les réponses…
C’est Laurent Fabius qui dit ça…
Oui et Moscovici dit aussi quelque chose du même genre. Ces critiques ne sont pas sérieuses; évidemment que nous avons des réponses. Ségolène Royal a commencé à les construire dans la campagne présidentielle. La grande différence c’est que pour la première fois, nous allons faire des militants des responsables, les co-auteurs d’une orientation du parti socialiste.
Comment, Jean-Louis Bianco, rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s’attaquer aux injustices sociales ?
Je crois que nous disons les choses comme elles sont, avec netteté…
Je le dis pour les auditeurs parce que c’est l’une des dix questions socialistes et je l’ai relu plusieurs fois et je vous avoue que j’ai du mal à la comprendre…Alors comment rompre avec la redistribution passive bureaucratique comme principal moyen de s’attaquer aux injustices sociales… Il faut être fort pour répondre à des questions comme ça…
Nous avons un modèle social… Il faut nous aider comme vous d’ailleurs à la corriger et expliquer tout simplement. La chose est pourtant facile. Nous avons un modèle social qui a des vertus parce qu’il repose sur la solidarité mais qui est bureaucratique et compliqué. Exemple : on a des décrets très compliqués, des lois uniformes pour des situations différentes; et d’autre part on ne lie pas assez un avantage social à une obligation pour la société ; c’est ce qu’on appelle le donnant-donnant ou le gagnant-gagnant. Donc il faut qu’on ait des mesures individuelles adaptées aux situations individuelles et qui puissent être décidées de manière simple et pas par des procédures longues. Voilà ce que ça veut dire…
… Et ça vous posez la question aux militants socialistes, mais au fond vous avez la réponse !
Ils le savent bien, ils le vivent eux mêmes, dans leur vie de chômeur, dans leur vie de retraité, dans leur vie de chef d’entreprise.
Vous êtes député des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco, et juste à côté de vous, de l’autre côté des Alpes, justement les Italiens ont choisi à nouveau Silvio Berlusconi. Il a déjà dirigé l’Italie deux fois, et vous êtes déçu que la Gauche n’ait pas réussi à gagner ces élections, j’imagine ?
J’en suis même triste. Vous savez, je connais bien Walter Veltroni, que d’ailleurs Ségolène Royal a eu au téléphone. C’est un homme de très très grande qualité, qui a réussi à redonner un sens au centre-gauche italien. Il n’a pas gagné cette fois-ci, mais je crois que avec une manière d’être fidèle à des valeurs que nous partageons et puis une capacité à regarder la réalité en face, c’est Walter Veltroni qui incarne l’avenir de l’Italie.
Mais vous avez des leçons à en tirer, en France , les socialistes de cette défaite de la gauche en Italie ?
Le contexte est complètement différent. La leçon qu’on a à en tirer, c’est qu’il faut se préparer longtemps à l’avance et Walter Veltroni , il n’a peut être pas eu assez de temps à partir du moment où il avait mis en place un nouveau parti, le parti démocrate ; et il avait choisi courageusement de rompre une alliance complexe et confuse qui avait fait tomber Romano Prodi.
Pour vous, Jean-Louis Bianco, il y a pas de doute pour la Gauche française, c’est Ségolène Royal qui va en prendre la tête à l’issue du congrès du Parti socialiste ?
Je le pense, parce que je pense que c’est elle qui incarne le mieux une espérance pour l’avenir mais c’est les militants qui en décideront.
Vous soutenez les lycéens qui manifestent aujourd’hui dans la rue, ou vous leur dîtes : écoutez tout le monde doit faire des économies et peut être que il faut être un peu plus raisonnable que ça ?
Oui évidemment, parce qu’on nous explique que avec le nombre de professeurs que nous avons, la France n’a que des performances moyennes en matière d’éducation, ce qui est vrai… Mais on met la charrue avant les bœufs. Il faut voir comment on peut avoir des meilleures performances avant de diminuer le nombre de professeurs, alors qu’on sait que l’intelligence c’est la ressource de l’avenir, c’est la ressource de la compétitivité française.
Vous partagez l’objectif du gouvernement d’être à l’équilibre financier pour les finances publiques en 2012 ?
Le gouvernement le recule chaque mois, chaque année; donc j’espère qu’il y parviendra un jour…
… en 2012
Jean-Louis Bianco était l’invité de RTL.
Si vous avez apprécié cet article, s'il vous plait, prenez le temps de laisser un commentaire ou de souscrire au flux afin de recevoir les futurs articles directement dans votre lecteur de flux.
Loading ...
Commentaires
Pas encore de commentaire.
Laisser un commentaire