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Total : polémique après l’annonce de suppressions de postes (Interview sur France 5)

Jean-Louis Bianco était l’invité de C à dire ! sur France 5. Il a été interrogé sur la suppression de postes chez Total

vous trouverez la vidéo ici

Résumé de l’interview

Moins d’un mois après la publication de son bénéfice – le plus important jamais réalisé par une entreprise française -, l’annonce par Total de la suppression de 555 postes en France d’ici à 2013 place le groupe sous le feu des critiques.

« Je suis scandalisé comme tout le monde », déclare le député PS des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco. « On demande aux gens de se serrer la ceinture, on a de la précarisation, on a du chômage partiel et du chômage tout court. 13,9 milliards d’euros de bénéfices, et au passage, Total augmente de 10% le dividende des actionnaires qui n’en avaient peut-être pas besoin. C’est véritablement scandaleux », s’indigne-t-il.

« Au-delà du business, c’est une question d’éthique. Et ce qui est en train de se passer à travers la crise mondiale devrait quand même faire réfléchir les politiques, ceux qui sont aux responsabilités de la France, et les chefs d’entreprises. On ne peut pas faire n’importe quoi, on ne peut pas continuer selon la loi du bon plaisir, d’une rentabilité immédiate quand on a cette situation de crise. On doit tenir compte beaucoup plus de ses salariés. Et comme le disait Monsieur Sarkozy – ’du partage : un tiers, un tiers, un tiers’ -, j’ai calculé, pour les salariés de Total : cela ferait une prime de 32 500 euros. Donc si le patron de Total suit Monsieur Sarkozy, qu’il distribue demain 32 500 euros à tous ses salariés. »

Concrètement, poursuit-il, aujourd’hui, « il faut faire plusieurs choses. D’abord, si ces licenciements sont indispensables, il faut qu’il y ait une négociation avec les syndicats pour que d’autres emplois soient créés », afin que ces 555 salariés « puissent trouver immédiatement un emploi. Deuxièmement, sur ce bénéfice énorme de 13,9 milliards d’euros, on peut affecter une petite somme, 1 milliard, 2 milliards, pour les énergies renouvelables, pour les énergies du futur. Et puis dernier point : pour implanter ses usines en France – même si Total travaille beaucoup à l’étranger -, il a bénéficié d’aides publiques, d’aides des collectivités locales, peut-être même de l’Etat. Or quand on a ce genre de comportement alors que l’on n’est pas en crise, alors que l’on n’est pas en train de perdre de l’argent, on doit rembourser les aides. Les aides des élus locaux, c’est pour créer de l’emploi, ce n’est pas pour en supprimer ».

Réagissant aux déclarations de Jean-Jacques Guilbaud, secrétaire général de Total, au micro de RTL, qui annonçait « zéro licenciement » mais des départs à la retraite non remplacés, Jean-Louis Bianco affirme avoir « rarement entendu un patron parler de licenciements secs, comme s’il y avait des licenciements humides ». Ce que présente là Total, « ce sont des choses proposées ou quasi obligatoires ». Car « si c’était des départs naturels à la retraite, il n’y aurait pas eu besoin d’annoncer 555 suppressions de postes. Et ce qui est formidable aussi », ajoute-t-il, « c’est que, quand on nous parle de modernisation dans des grands groupes comme ceux-là, à la différence des petites entreprises, c’est toujours moins d’employés ».

Une démarche qui se rapproche, selon lui, de celle du gouvernement, avec la suppression d’un fonctionnaire sur deux. Et « cela aboutit au fait que l’Education nationale est en difficulté, que l’on a des violences dans les lycées et dans les collèges, que l’on a les trois quarts des hôpitaux en déficit. C’est une politique de gribouille. Marjorie-Fillon : même combat ».

En France, renchérit-il, « ce n’est pas populaire de se payer les patrons. Ce serait populaire que les patrons fassent attention au peuple, aux gens (…) et prennent beaucoup plus en compte les attentes des Français aujourd’hui, même s’ils ont de leur côté leurs contraintes de compétitivité. Nous savons que cela existe. Mais il y a aussi l’emploi, il y aussi l’avenir des gens, le fait de ne pas leur imposer des décisions qui sont quasi forcées en l’occurrence ».

« La vérité, c’est qu’il y a des patrons qui font leur travail normalement, qui respectent les salariés, qui négocient avec les syndicats. Il y a des patrons dans les petites entreprises qui fonctionnent quasiment en symbiose avec leur personnel. Dénoncer les patrons voyous », conclut-il, « c’est rendre service à tous ceux qui font normalement leur travail (…). Ces gens-là sont dangereux parce que le capitalisme doit se réformer. Et se réformer, c’est dire qu’il n’y a pas que l’actionnaire et la profitabilité à 15% : il y a aussi des hommes et des femmes derrière ».

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