Jean-Louis Bianco était l’invité, ce matin, de Jean-Michel Aphatie sur RTL
Le député répondait ce matin aux questions de Jean-Michel Aphatie sur RTL.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Louis Bianco.
Jean-Louis Bianco : Bonjour.
Jean-Michel Aphatie : Avant de parler du Parti socialiste, j’aimerais solliciter vos souvenirs du secrétaire général de l’Elysée que vous fûtes entre 1982 et 1991 auprès de François Mitterrand, pour évoquer Omar Bongo, président du Gabon, mort lundi dernier. Vous l’avez sans doute connu, Jean-Louis Bianco, dans vos fonctions ?
Jean-Louis Bianco : Oui.
Jean-Michel Aphatie : Omar Bongo comme l’a dit, hier, Valéry Giscard d’Estaing, a-t-il financé des candidats à des partis politiques français ?
Jean-Louis Bianco : Pas que je sache en ce qui concerne François Mitterrand. Ce qui est sûr, c’est qu’Omar Bongo, tout le monde le dit, c’était l’exemple des relations dont nous ne voulons plus entre la France et l’Afrique. Relations fondées sur des ambiguïtés, des complicités ; et on l’a vu pour un certain nombre de dirigeants africains, sur le fait que beaucoup, beaucoup d’argent, de leur argent ou de l’argent de leur pays, était mis sur des comptes en Suisse ou ailleurs ; et ça, c’est le contraire d’une politique de développement. Donc j’espère qu’au Gabon, comme ailleurs, il y aura des évolutions démocratiques. Je rappelle d’ailleurs que le discours de François Mitterrand à La Baule a été un grand discours qui a ouvert la porte à une démocratie en Afrique. Il est urgent, urgent qu’au-delà des déclarations, y compris de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne, la France s’appuie sur la Démocratie, sur la transparence, qu’elle regarde si c’est vraiment indispensable d’avoir des accords qui nous lient à des régimes en difficulté et qu’elle revoit sa présence militaire qui est disproportionnée. Il y a toute une révision de la politique africaine, ça peut être l’occasion de le faire.
Jean-Michel Aphatie : Quand vous dites qu’à votre connaissance, Omar Bongo n’a pas financé des campagnes électorales de François Mitterrand, par exemple la campagne présidentielle de 1988, c’est une manière de dire que peut-être il en a financées d’autres ?
Jean-Louis Bianco : Ah, je n’étais pas trésorier ni d’ailleurs de François Mitterrand, ni des autres. J’ai vu que les accusations rebondissaient mais ce n’est pas le sujet essentiel. Le sujet essentiel, c’est qu’est-ce que la France fait avec l’Afrique ? Qu’est-ce que la France fait en Afrique ? Et Ségolène Royal à Dakar a lancé des pistes passionnantes sur la relation entre l’Europe et l’Afrique.
Jean-Michel Aphatie : Ca n’est pas un sujet essentiel, mais c’est tout de même important de savoir si des dirigeants français sont dépendants ou pas, d’hommes politiques étrangers qui les financent ?
Jean-Louis Bianco : Bien entendu.
Jean-Michel Aphatie : Et on ne saura jamais la vérité…
Jean-Louis Bianco : Mais je crois qu’on a progressé en France… Ca va être très difficile à savoir. Je crois qu’on a quand même progressé en France et c’est indispensable à la transparence des financements. C’était bien le moins pour une démocratie.
Jean-Michel Aphatie : Les députés pourraient demander une commission d’enquête ; mais c’est sans doute trop attendre des députés, Jean-Louis Bianco ?
Jean-Louis Bianco : Pourquoi pas ! Mais on peut toujours demander une commission d’enquête. Ce qui compte, encore une fois, c’est l’avenir, ce n’est pas le passé.
Jean-Michel Aphatie : Vous étiez, hier, Jean-Louis Bianco, au conseil national du Parti socialiste ; et que s’est-il passé lors de ce conseil national ? Pas grand chose, semble-t-il. On lit dans la presse, aujourd’hui, que dans les couloirs de ce conseil national, des responsables socialistes disaient du discours de Martine Aubry : « lénifiant, lourdingue ». Quel qualificatif lui donneriez-vous, Jean-Louis Bianco ?
Jean-Louis Bianco : Je crois qu’il faut qu’on arrête de se tirer une balle dans le pied. C’est vrai que ce conseil n’a pas annoncé de mesures nouvelles et fortes.
Jean-Michel Aphatie : Ca vous a déçu ?
Jean-Louis Bianco : Mais c’est vrai qu’il y a une vraie volonté. Moi je fais totalement crédit à Martine Aubry de sa volonté. Elle a compris, nous avons compris. Ce que disait Alain Duhamel est parfaitement juste, simplement il faut aller beaucoup plus fort et beaucoup plus vite.
Jean-Michel Aphatie : Vous avez compris mais vous ne savez pas quoi faire, c’est ça ?
Jean-Louis Bianco : Si. Moi je pense que je sais quoi faire. Je pense que nous savons quoi faire. Seulement, il faut le faire. C’est assez simple d’ailleurs. Martine Aubry a dit des choses importantes. Une entr’autres moi qui me touche beaucoup, l’idée qu’il allait falloir élaborer un projet – ce que disait Alain Duhamel – et que ce projet, il fallait le faire avec les Français dans une démarche participative.
Jean-Michel Aphatie : Excusez-moi, mais c’est un peu banal : faire un projet, c’est bien le moins que l’on attend d’un parti politique…
Jean-Louis Bianco : C’est bien le moins, mais c’est le cœur du sujet. C’est le cœur du sujet. C’est qu’on arrête d’avoir des commissions Théodule, des comités trucs, des conventions thématiques et qu’on le fasse… Moi ce que je voudrais, c’est qu’on reparte tout de suite par la base, et pas attendre le mois de septembre. Ma grande tristesse, elle va aux militants socialistes qui sont des bons militants qui se sont battus… Il faut leur redonner tout de suite la parole. Ils ont des choses à dire, plutôt qu’une commission, rue de Solférino, ailleurs, sur ce qu’il faut faire, sur ce qu’ils veulent faire. Et puis, on a quand même des élus. C’est vrai que le Parti socialiste va mal, c’est vrai que la crise est profonde, c’est vrai qu’elle date de 2002 ; mais c’est un paradoxe. Jamais dans l’histoire du Parti socialiste, on a été aussi fort dans les mairies, dans les départements, dans les régions. Dans mon département, la Droite fait 53%. Moi j’ai 22 conseillers généraux sur 30, plus sept qui votent avec moi et j’ai un UMP. Donc, c’est bien qu’on nous fait confiance au niveau local. Donc, ne soyons pas désespérés.
Jean-Michel Aphatie : Martine Aubry – qui dirige le Parti socialiste, dont le siège est rue de Solférino – a rencontré, hier, Ségolène Royal ; mais elle a été au QG de Ségolène Royal, c’est-à-dire boulevard Raspail pour la rencontrer. Il y a quelque chose dans ce déplacement qui apparaît comme une soumission de l’une à l’autre ?
Jean-Louis Bianco : Mais non, là aussi, arrêtons. Il y a un geste. Un geste que je trouve appréciable. Il y a une volonté, alors bien entendu, tout le monde dit : c’est du bidon, c’est du rabibochage. Là encore…
Jean-Michel Aphatie : Qui ? Tout le monde ?
Jean-Louis Bianco : Vous les journalistes. Comme dit Ségolène Royal, la politique, ça se fait par la preuve. Donc, vous allez avoir la preuve que l’engagement de Ségolène, et je le pense aussi de Martine Aubry, est sérieux. Elles vont se voir, elles vont travailler ensemble, chacune dans sa fonction. Et l’International socialiste, moi j’ai entendu que les gens faisaient des gorges chaudes là-dessus, c’est extrêmement important. La crise est mondiale…
Jean-Michel Aphatie : Est-ce que Ségolène Royal va en être vice-présidente, pour ceux qui n’ont pas suivi… ?
Jean-Louis Bianco : Si les socialistes ne sont pas capables au niveau mondial de proposer ensemble des solutions, alors ce n’est pas la peine. Et les Français ont toujours été peu présents, même si on est des grands leaders comme Pierre Mauroy. Par parenthèses, le président de l’International socialiste, c’est Georges Papandreou, le Grec, dont on parlait tout à l’heure. C’est le seul parti qui a gagné ces élections européennes parmi les partis socio-démocrates. Donc, c’est intéressant de travailler avec Georges Papandreou.
Jean-Michel Aphatie : Aujourd’hui, Ségolène Royal peut travailler avec Martine Aubry parce que Martine Aubry est affaiblie, c’est ça ?
Jean-Louis Bianco : Non, parce que je crois que tout le monde dit : ça suffit ! Ca suffit de faire des querelles de personnes, ça suffit d’être divisé et c’est l’un des points positifs quand même de ce conseil national. C’est vrai qu’on n’a pas avancé assez fort, assez vite. C’est vrai qu’on ne sent pas l’énergie. C’est vrai aussi qu’il faut qu’on arrive à trouver un nouveau langage politique. On ne peut pas continuer à faire de la politique avec des réunions de section enquiquinantes, avec des distributions de tracts sur le marché et ce n’est pas une question de casting de savoir si X, Y ou Z rentre à la direction du Parti socialiste. Moi avec un peu de provocation, je dirais qu’il faut prendre la génération d’après, pas les quinquas, pas les quadras, les gens de 30 ans. Mon dernier meeting de campagne, je l’ai fait chez Kamel Chibli dont le nom dit assez qu’il est d’origine marocaine. Il est né à Lavelanet. Il est maire de Lavelanet à 23 ans. On a eu 400 personnes à Lavelanet ; et le Parti socialiste a fait 29% à Lavelanet. C’est des hommes et des femmes comme ça qu’il faut faire monter. C’est cette génération-là que j’attends.
Jean-Michel Aphatie : Génération suivante. Il faut balayer Aubry, Royal et les autres ?
Jean-Louis Bianco : Il ne faut pas balayer Aubry, Royal et les autres. Il faut donner des responsabilités aux gens qui portent, aujourd’hui, une espérance sur leur territoire.
Jean-Michel Aphatie : Vous avez toujours été proche, Jean-Louis Bianco, de l’association SOS Racisme, dont les dirigeants sont actuellement en garde à vue. Ils sont dans les locaux de la Brigade financière dans le cadre d’une enquête préliminaire qui concerne le député socialiste Julien Dray. Que pensez-vous de cette histoire, Jean-Louis Bianco ?
Jean-Louis Bianco : Je trouve cette histoire bizarre, étrange et je dois dire que je trouve choquant qu’on fasse le procès de Julien Dray par des fuites permanentes de la Brigade financière, de la justice. On lit le procès de Julien Dray dans la presse alors qu’il n’a même pas été entendu, alors qu’il n’a pas accès au dossier. Moi je considère ça comme un grave déni de justice ; et vous savez si j’ai une qualité apprise aussi de François Mitterrand, et puis c’est mon tempérament : c’est la fidélité. Julien Dray est mon ami, il restera mon ami et je lui fais confiance pour sortir de cette situation difficile.
Jean-Michel Aphatie : Pensez-vous que de l’argent a été détourné des caisses de SOS Racisme ?
Jean-Louis Bianco : Je n’en sais absolument rien mais je suis convaincu que Julien Dray est un homme honnête ; et je tiens à le dire ici, chez vous, à RTL.
C’est dit, Jean-Louis Bianco qui veut que la jeune génération prenne le pouvoir au Parti socialiste, si on a bien compris, était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée.
Auteur : Jean-Michel Aphatie
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Commentaires
Cher Jean-Marie,
Essayons d’abord de faire en sorte qu’il y ait un sursaut collectif. Les militants et les sympathisants l’attendent. Et travaillons,comme dans les universités participatives de Ségolène à bâtir les éléments d’un projet.
Très cordialement
Jean-Louis Bianco
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Merci Jean-Louis de tes propos clairs et directs.
Je retiens en particulier ceux concernant l’implication directe et rapide des jeunes militants ayant déjà fait leur preuve sur le terrain. Pour avancer dans ce sens au niveau central du Parti, il faut plus que des voeux, il faut une réforme structurelle, une implication statutaire. Qu’en penses-tu? Es-tu prêt à lancer des choses en ce sens? Je suis sûr que Ségolène pense la même chose.