Côté Parti Socialiste - Questions d'Info sur LCP / France Infor - Interview - 31/01/2007

Thèmes abordés ...

Campagne : « la méthode de Ségolène Royal est profondément différente ». « Partir sur des débats participatifs, c'est révolutionnaire ». « Quelle attaque personnelle avons-nous porté, lancé nous le PS ?». « J. Chirac devrait jouer son rôle de garant des institutions ». « Nicolas Sarkozy à chaque fois fait un déplacement de ministre et de candidat ». Les  faux pas  de Ségolène Royal sont   une fabrication de l'UMP. « Nous devons mieux nous organiser pour expliquer les gaffes et contradictions de Nicolas Sarkozy » par exemple « quand il confond Mitterrand et Giscard, ce qui est sans doute plus grave que le nombre de sous-marins nucléaires » . « Sur le contrat de travail on en est à trois propositions de Nicolas Sarkozy ».

PS : « Dans les fédérations  les blessures sont partout pansées ». « L. Fabius est tout à fait légitime pour faire des propositions à Ségolène Royal ». « On est en train d'accoucher du nouveau socialisme ». Le dispositif n'était pas assez resserré, nous l'avons resserré. Nous corrigeons le tir. Je suis confiant dans la candidate et dans l'issue du scrutin. La baisse dans les sondages c'est « normal, naturel et prévisible ».

11 février
 : tout ne va pas attendre le 11 et tout ne va pas s'arrêter le 11. Elle fixera des grandes orientations. « après il y aura encore des débats »

Nucléaire
 : le PS, la candidate ne veulent pas renoncer au nucléaire, il faut faire le maximum dans la montée des énergies renouvelables et dans les économies d'énergie.

José Bové : ça risque de compliquer les choses, ça peut aussi ramener des voix au deuxième tour.

F. Bayrou
 : «  dans ses propositions, je ne vois pas où est la rupture dans son passé, quand il votait les lois avec le droite »

Projet Nicolas Sarkozy
 : 4 points de PIB 2007 c'est 72 mds d'euros et non 68 mds. On ne sait pas où il va les trouver.

Nicolas Sarkozy a tord d'opposer deux France, celle qui travaille et une horde d'assistés. La valeur travail pour NS c'est les heures supplémentaires pour nous c'est la valeur travail de   l'embauche et des salaires.

texte intégral
 
 

LCP AN

QUESTIONS D’INFO – le 310/01/2007 – 20 :33

Frédéric HAZIZA

Bienvenue dans ce nouveau numéro de “ Questions d’info ”, notre invité aujourd’hui est monsieur Jean-Louis BIANCO, le directeur de campagne de Ségolène ROYAL. Merci, monsieur BIANCO, d’avoir accepté cette invitation de “ Questions d’info ” LCP-le Monde-France Info. À mes côtés, pour vous interroger, Marie-Eve MALOUINES de France-Info et Patrick ROGER du Monde. La campagne se poursuit donc, monsieur BIANCO, sur fond de polémique, notamment autour du maintien de Nicolas SARKOZY au gouvernement et aussi du rôle des Renseignements généraux. Alors au-delà des polémiques, vous allez pouvoir nous dire comment votre championne, Ségolène ROYAL, entend désormais rebondir, autour de quelles stratégies, de quelles propositions et bien entendu aussi de quels projets, peut-être aussi de quels rôles, de quels partages des rôles entre le Parti socialiste et l’équipe de campagne que vous dirigez. Les socialistes sont-ils vraiment rassemblés derrière Ségolène ROYAL et quid du cas BAYROU. Première question, Marie-Eve MALOUINES.

Marie-Eve MALOUINES

Jean-Louis BIANCO, on vous connaît finalement assez peu, pourtant vous avez une longue expérience politique, vous avez travaillé très près de François MITTERRAND à l’Elysée, vous avez été ministre. Qu’est-ce qui vous a motivé pour vous engager aussi tôt auprès de Ségolène ROYAL en tant que candidate à l’Elysée ?

Jean-Louis BIANCO

J’ai eu assez vite le sentiment, puis l’impression, la conviction, qu’elle apportait quelque chose de différent et de nouveau…

Marie-Eve MALOUINES

Et de solide ?

Jean-Louis BIANCO

Et de solide. Je la connais depuis longtemps, je l’ai vue travailler à l’Elysée, je sais l’estime que François MITTERRAND et l’espoir qu’il plaçait en elle…

Frédéric HAZIZA

Ah oui, c’est vrai ça ?

Jean-Louis BIANCO

Oui c’est vrai, je sais qu’il y en a qui disent le contraire mais comme ancien secrétaire général de l’Elysée, je crois que je suis mieux placé pour savoir ce que François MITTERRAND pensait de Ségolène ROYAL. Mais bon, au-delà du passé qui n’est pas essentiel, moi je l’ai vue, on a été ensemble au gouvernement, j’ai bien travaillé avec elle dans un poste qui n’était pas évident, environnement et équipement, où là aussi elle a pris des initiatives pour qu’on travaille ensemble, qu’il n’y ait pas la guerre d’un côté entre les écologistes et les aménageurs, donc déjà une personnalité qui n’était pas tout à fait dans les normes habituelles. Mais ce qui m’a frappé, depuis un an, deux ans, trois ans, je sais pas bien comment le dater, c’est qu’il y a une transformation qui s’est produite, qu’elle a pris dans son histoire, dans ce qu’elle est, et sans doute dans la conquête de la région Poitou-Charentes, une force incroyable. Et je me suis rendu compte qu’elle représentait pour des millions d’hommes et de femmes, et pas seulement de gauche, un espoir dans ce pays, qu’elle était la seule capable, dans le Parti socialiste de porter aussi fort cet espoir. La seule capable d’incarner un socialisme du 21e siècle qui garde nos valeurs mais qui tienne compte des réalités. Donc ça m’a semblé comme une évidence, c’est pour ça que je me suis engagé avec plaisir et avec confiance.

Frédéric HAZIZA

Vous diriez qu’il y a eu chez Ségolène ROYAL ce que Dominique de VILLEPIN a appelé ici-même une métamorphose ?

Jean-Louis BIANCO

Métamorphose, le mot est peut-être un peu fort mais en tout cas une transformation, encore une fois une force extraordinaire qu’elle exprime maintenant depuis plusieurs années.

Frédéric HAZIZA

Alors on va peut-être parler de la métamorphose au niveau de la campagne présidentielle.

Marie-Eve MALOUINES

Si vous parlez de transformation au niveau de Ségolène ROYAL, est-ce qu’il y a une transformation sur la façon de faire la campagne, quel est votre sentiment sur le climat aujourd’hui, on parle beaucoup d’affaires, de Renseignements généraux, une campagne qui a l’air de voler assez bas, finalement.

Jean-Louis BIANCO

Alors avant d’en venir là, si on parle de méthode de campagne, vous le savez mais je crois que c’est toujours utile de le répéter, la méthode de Ségolène ROYAL est profondément différente. Elle a d’ailleurs pu gêner, surprendre, déstabiliser un certain nombre de gens, y compris au sein du Parti socialiste. Dire que l’on part sur des débats participatifs, non pas parce qu’on n’a pas d’idée, elle s’est exprimée, j’aurai l’occasion d’y revenir, sur l’environnement, sur le logement, sur l’emploi, c’est quelque chose de révolutionnaire dans notre pays. Et ça marche. Et ça marche et on en a le témoignage, et on en aura le témoignage puisque la semaine prochaine on va faire des synthèses dans toutes les régions de France. Mais le climat actuel de la campagne, je trouve qu’il y a quelque chose d’injuste dans les commentaires qui sont faits, comme si on renvoyait les deux camps, entre guillemets, à égalité. Quelle attaque personnelle avons-nous porté, nous les socialistes ? Quelle rumeur avons-nous fait courir ? Quelle boule puante, puisque l’expression a été employée, avons-nous lancé ? Nous avons constaté qu’il y avait un certain nombre de choses qui sortaient du Canard Enchaîné, nous ne manipulons pas le Canard Enchaîné, pas plus qu’une autre presse dans ce pays, le Canard Enchaîné dit des choses, ça pose des questions, nous posons des questions. Et puis par ailleurs nous ne sommes pas les seuls, beaucoup de commentateurs, des amis de Nicolas SARKOZY, François BAYROU, estiment que cumuler la fonction de ministre de l’Intérieur, qui est en charge de la police, qui prépare les élections et de candidat, c’est simplement pas possible, y compris avec le mélange des dépenses. Donc nous disons qu’il doit clarifier les choses pour éviter tout soupçon puisqu’il prétend n’être pas au courant.

Frédéric HAZIZA

Jacques CHIRAC doit intervenir ?

Jean-Louis BIANCO

Jacques CHIRAC est dans son rôle de gardien des institutions. J’ajoute une chose qui m’a vraiment amusé ce matin. J’ai entendu Nicolas SARKOZY, emporté par son élan, bien qu’il s’efforce de paraître maintenant très calme, expliquer qu’il a découvert l’existence de Bruno REBEL par les journaux. Il n’est pas très bien informé, monsieur SARKOZY…

Frédéric HAZIZA

Vous le connaissiez avant ?

Jean-Louis BIANCO

Je le connais comme responsable de Greenpeace. Mais ce que je veux dire c’est qu’il n’y a pas de symétrie. Nous n’attaquons pas par des coups bas, des coups déloyaux, des fausses rumeurs, des manipulations. Simplement quand il se passe des choses de ce genre-là, avec beaucoup de journalistes, avec une partie même de l’UMP, avec François BAYROU, nous disons : il faut clarifier les choses.

Frédéric HAZIZA

Mais clarifier les choses, ça veut dire quoi ?

Jean-Louis BIANCO

Ça veut dire qu’il quitte le ministère de l’Intérieur.

Frédéric HAZIZA

Mais tout de suite ?

Jean-Louis BIANCO

Bien sûr.

Frédéric HAZIZA

Parce qu’il dit…

Jean-Louis BIANCO

Qu’il va le faire à trois semaines du premier tour, c’est pas sérieux.

Patrick ROGER

Jacques CHIRAC devrait révoquer Nicolas SARKOZY ?

Jean-Louis BIANCO

Peu importe l’expression, Jacques CHIRAC devrait jouer son rôle de président de la République et de gardien des institutions. Mais encore une fois ce qui nous paraît important, quelle que soit la méthode, que ça passe par une décision de Nicolas SARKOZY, par une pression de ses amis, par une incitation de Jacques CHIRAC, il faut que les choses soient clarifiées, on ne peut pas être ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire ministre de la police et ministre des élections, en même temps qu’on est candidat.

Marie-Eve MALOUINES

Est-ce que s’il restait place Beauvau aussi longtemps qu’il le souhaite, ça poserait un problème pour l’impartialité de la campagne, d’après vous ?

Jean-Louis BIANCO

Je le pense. On le voit bien par exemple dans les dépenses de campagne. Quand il nous dit qu’il se déplace en tant que candidat et pas en tant que ministre, à chaque fois il y a un mélange. Et donc quelles que soient les bonnes déclarations qu’il fait, à chaque fois on voit des escortes policières, des moyens du service de presse, des moyens d’organisation qui sont ceux de l’État et pas ceux du candidat.

Frédéric HAZIZA

Mais alors il vous répond : Lionel JOSPIN, pour ne citer que lui, il parle aussi de Jacques CHIRAC, d’Edouard BALLADUR, de Valéry GISCARD D’ESTAING, de François MITTERRAND, ont tous fait comme lui auparavant…

Jean-Louis BIANCO

Avec un certain nombre de différences.

Frédéric HAZIZA

Allez-y…

Jean-Louis BIANCO

En ce qui concerne Lionel JOSPIN, on peut remonter également à la 4e République, si on veut, mais prenons les choses plus récentes…

Frédéric HAZIZA

Pour JOSPIN il dit : et François HOLLANDE le conseillait à Matignon et aujourd’hui il me critique.

Jean-Louis BIANCO

Ça c’est nouveau, il a découvert François HOLLANDE comme conseiller de Lionel JOSPIN à Matignon, c’est nouveau, je savais pas que François HOLLANDE était dans la rubrique cabinet de Lionel JOSPIN. Mais revenons au fond. Lionel JOSPIN d’abord est un homme dont même à droite on n’a jamais contesté l’honnêteté et l’impartialité. Donc sa parole est plus crédible que celle d’autres, à gauche ou à droite. Deuxièmement on oublie, Nicolas SARKOZY feint d’oublier qu’à cette époque il y avait deux candidats, le président de la République et le Premier ministre. Donc il y avait une certaine symétrie, et enfin Lionel JOSPIN, quand on regarde sa campagne, n’a pas multiplié les déplacements de Premiers ministres, Lionel JOSPIN a fait des déplacements qui étaient seulement de candidat, qui étaient seulement de Premier ministre. Or Nicolas SARKOZY à chaque fois fait un déplacement de candidat et de ministre de l’Intérieur. C’est ça le mélange des genres.

Frédéric HAZIZA

Est-ce que ça veut dire que la solution serait, si Nicolas SARKOZY décidait de rester au gouvernement, de cesser ses déplacements de ministre et de ne faire que des déplacements de candidat ?

Jean-Louis BIANCO

Non, il faut que Nicolas SARKOZY quitte le gouvernement.

Marie-Eve MALOUINES

Est-ce qu’une autre façon de résoudre ce problème serait de poser ça en terme de loi, de principe, d’incompatibilité ?

Jean-Louis BIANCO

Pourquoi pas ? C’est une bonne idée.

Frédéric HAZIZA

Et pour quand ? Pour dans très longtemps ?

Jean-Louis BIANCO

Non pas pour dans très longtemps. Je pense qu’il y a des priorités dans la réforme institutionnelle de l’État que nous traiterons pour redonner plus de pouvoir au Parlement, pour avoir un mandat unique, pour donner le droit de vote aux étrangers en situation régulière aux élections locales, pourquoi pas pour garantir un certain nombre de points d’impartialité de l’État dans les nominations et dans ce type de situation.

Frédéric HAZIZA

Alors impartialité de l’État, à ce propos Dominique de VILLEPIN vous a lancé un avertissement, c’était hier à l’Assemblée nationale.

Dominique de VILLEPIN

Enfin l’impartialité de l’État, monsieur EYRAUD, et je dois dire que je suis bien placé pour vous en parler parce que j’en ai souffert personnellement, c’est le refus des polémiques stériles, des polémiques qui diminuent ceux-là mêmes qui les lancent. Car les polémiques, vous savez, c’est un peu comme les boomerangs, on les lance et ils vous reviennent en pleine figure. Les polémiques, ce n’est pas à la mesure de la démocratie. La démocratie, monsieur EYRAUD, et je vous le dis, dans une élection qui je le souhaite sera couverte par une campagne électorale qui de part et d’autre sera marquée par la dignité, par l’honneur, par la responsabilité, par l’engagement, eh bien je souhaite que chacun se tienne debout et pas dans les coins, sous les portes, dans les endroits les plus humides de la République, où personne ne se grandit. Croyez-moi, la République se tient droit, les membres du gouvernement sont debout et nous faisons notre travail, et nous le ferons jusqu’au bout.

Marie-Eve MALOUINES

Alors Jean-Louis BIANCO, est-ce que vous vous sentez visé par cet avertissement ?

Jean-Louis BIANCO

Non, moi j’ai cru qu’il s’adressait à Nicolas SARKOZY. Ça me rappelle l’affaire CLEARSTREAM, ça me rappelle un certain nombre de polémiques qu’il y a entre eux.

Frédéric HAZIZA

Le boomerang est à double tranchant ?

Jean-Louis BIANCO

J’ai l’impression que le boomerang c’est plutôt Nicolas SARKOZY qui risque de le recevoir.

Frédéric HAZIZA

Pourquoi ?

Jean-Louis BIANCO

Parce que ça n’est pas les socialistes qui ont répandu des rumeurs sur le fait que leur adversaire ne paierait pas l’impôt, sur le fait que tel ou tel était soupçonné de ceci ou de cela. Nous n’avons rien répandu comme rumeur.

Frédéric HAZIZA

En gros vous nous dites : Nicolas SARKOZY risque d’être dans la posture de l’arroseur arrosé ?

Jean-Louis BIANCO

C’est ce que dit Dominique de VILLEPIN, il a pas tort. C’est un bon spécialiste de la politique internationale… Mais je ne fais pas des concours de pronostics et de prévisions, je dis que les choses soient claires et qu’il quitte le ministère de l’Intérieur.

Marie-Eve MALOUINES

La campagne de Ségolène ROYAL marque le pas ces derniers jours, ces dernières semaines, elle a commis plusieurs faux-pas soulignés par l’UMP. Comment est-ce que vous réagissez ? Vous dites qu’il y a danger ?

Jean-Louis BIANCO

Sur les faux-pas, c’est une fabrication de l’UMP, je peux les reprendre un par un comme j’ai eu l’occasion de le faire. Prenons par exemple le Québec, qui est paraît-il un très grave faux-pas. Quand elle dit qu’elle a de la sympathie pour la souveraineté du Québec, c’est une position à peu près constante d’à peu près tous les leaders français et au fond elle est plus proche elle du général de Gaulle qui parlait du Québec libre que les amis de Nicolas SARKOZY. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on porte en exergue des phrases qui font matière à débat, c’est orchestré de manière méthodique et organisée. Je prends aussi le débat qu’elle a eu sur une chaîne de radio. Il y a eu un sondage qui a été fait, j’ai vu les réactions des auditeurs, sur à peu près tout ce qu’elle disait elle avait un degré d’approbation formidable. La seule chose qu’on a retenue c’est l’histoire du sous-marin nucléaire. Mais est-ce que vous croyez qu’il y a beaucoup, à part le ministre de la Défense, d’hommes politiques qui savent le nombre exact de sous-marins nucléaires ? Il se trouve qu’en plus elle a donné la bonne réponse, il y a un sous-marin nucléaire à la mer en permanence. Ce qui compte c’est la capacité de dissuasion, c’est pas de savoir s’il y en a quatre, cinq, six ou sept. Mais on ne parle que de ça, parce que c’est orchestré et organisé et c’est vrai que cette campagne a porté ses fruits, parce qu’elle fait des propositions qui sont bien accueillies et qu’on ne parle que de cela. Mais très bien, c’est la règle du jeu.

Patrick ROGER

Et pourquoi vous n’êtes pas en mesure de traiter de la même manière les déclarations, les approximations éventuelles…

Jean-Louis BIANCO

Vous avez raison, nous ne l’avons pas fait assez bien. Je vois par exemple que sur le contrat de travail on en est à trois déclarations de Nicolas SARKOZY ou de ses porte-parole en trois jours. Un jour c’est : on va tout remplacer par le contrat nouvelle embauche. Un jour c’est : c’est pas le contrat nouvelle embauche. Et un troisième jour c’est encore autre chose. Nous devons mieux nous organiser pour expliquer ces gaffes, ces erreurs, ces contradictions, y compris quand il confond par exemple MITTERRAND et GISCARD, ce qui est sans doute plus grave quand on a un peu de recul historique que le nombre de sous-marins nucléaires.

Marie-Eve MALOUINES

Vous pensez qu’elle est victime d’un traitement un peu différent, un peu comme durant le débat interne au PS, c’est un peu le fruit de ces débats, c’est un peu les conséquences ?

Jean-Louis BIANCO

C’est des retombées, des conséquences. Mais c’est vrai aussi que le style même de campagne qu’elle a choisi ne permet pas à ce stade d’être aussi fort sur les propositions. Je le répète elle en a fait de nombreuses mais c’est vrai que nous n’avons pas su les rendre perceptibles. Donc à un moment où il y a une entrée en campagne médiatisée de Nicolas SARKOZY, où il y a une campagne orchestrée contre les supposées gaffes de la candidate, c’est assez normal que la campagne donne cette impression d’être en recul et qui est c’est vrai un recul dans les sondages. Mais ça n’est pas surprenant.

Patrick ROGER

Résultat, à l’heure actuelle on a l’impression quand même que le Parti socialiste a du mal à se rassembler derrière Ségolène ROYAL ?

Jean-Louis BIANCO

Alors moi j’étais ce matin encore à une réunion comme chaque semaine avec tous les secrétaires nationaux, je peux vous dire qu’ils sont tous mobilisés, qu’ils travaillent, qu’ils font des notes, qu’ils traitent le courrier, qu’ils font des propositions. Dans le fédérations les blessures de la bataille interne sont partout pansées, on retrouve dans les comités de soutien, dans les relais de Ségolène ROYAL aussi bien des amis de Laurent FABIUS, de Dominique STRAUSS-KAHN, de Lionel JOSPIN. Et je crois que ce qui compte beaucoup, ce ne sont pas les petites phrases à Paris, c’est la réalité de la base. Dans la base, tout le monde participe, tout le monde est derrière Ségolène ROYAL.

Patrick ROGER

Des parlementaires du groupe socialiste hier se sont réunis et un certain nombre d’entre eux ont appelé au ressaisissement, à l’affirmation plus claire des objectifs de Ségolène ROYAL. On sent bien quand même que ça tangue au PS.

Jean-Louis BIANCO

Ça tangue pas, il y a des gens qui sont impatients et qui n’ont pas compris qu’elle avait une nouvelle méthode et qu’elle ferait ses propositions à la date où elle l’a prévu et pas à la date où tel ou tel requiert qu’elle le fasse. Elle a choisi une méthode, elle s’y tiendra. C’est une femme de caractère et de volonté.

Patrick ROGER

Mais même les débats participatifs ne convainquent pas tout le monde.

Jean-Louis BIANCO

Bien sûr, c’est un changement culturel énorme. Mais il convainc beaucoup de gens et de plus en plus de gens à la base. S’il y en a des milliers et des milliers, et si on voit des retombées formidables, des idées, des propositions, c’est bien que ça convainc les gens. Il y a des gens qui sont un peu plus lents à changer, un peu plus en retard, mais ils y viendront.

Frédéric HAZIZA

Alors la droite critique, la gauche doute, Marie-Eve Malouines, une question.

Marie-Eve MALOUINES

Laurent FABIUS conseille à Ségolène ROYAL d’avoir un discours plus à gauche, ça peut être compatible avec la méthode de Ségolène ROYAL ?

Jean-Louis BIANCO

Je ne sais pas toujours ce que ça veut dire “ plus à gauche ” dans les propos des hommes politiques français en général. Si être plus à gauche ça veut dire être attentif aux couches populaires, faire des propositions fortes et nettes sur le pouvoir d’achat, contre la précarité, contre les délocalisations, alors nous sommes tout à fait d’accord. Si être plus à gauche ça veut dire utiliser les archaïsmes, les vieilles lunes, les vieilles recettes, nous ne sommes pas d’accord. Mais je pense que Laurent FABIUS le dit dans le sens que je viens de dire et il est légitime à le faire, de même qu’il a apporté son soutien à Ségolène ROYAL, sans ambiguïté. Donc il est tout à fait dans son rôle de s’exprimer comme un des responsables importants du Parti socialiste, moi ça ne me choque pas et ça ne me gêne pas.

Frédéric HAZIZA

S’exprimer, mais est-ce que vous souhaitez qu’il vienne mener campagne auprès de Ségolène ROYAL ?

Jean-Louis BIANCO

Mais Ségolène ROYAL le lui a dit, je crois que ça va se faire…

Frédéric HAZIZA

Elle a dit qu’il fera campagne dans sa région.

Jean-Louis BIANCO

Non mais un déplacement est prévu dans sa région, ils seront ensemble, on ne sait pas encore quelle est la date, donc ça se fera.

Marie-Eve MALOUINES

Quand vous dites que tous les socialistes sont rassemblés, on en arrive quand même à brouiller les téléphones portables au bureau national. C’est quand même pas la preuve d’un parti…

Jean-Louis BIANCO

Mais ça le bureau national du Parti socialiste a toujours été un lieu extrêmement intéressant et extraordinairement transparent. Vous avez toujours eu le bénéfice des confidences des uns et des autres, y compris dans la commission du projet dans laquelle je siégeais où chacun avait son téléphone portable et racontait les avancées qu’il avait obtenu. C’est une très mauvaise méthode, c’est une méthode choquante mais hélas ça n’est pas propre à la période actuelle. Comme l’a dit avec beaucoup d’humour François HOLLANDE, au moins on a trouvé un système pour que les portables soient brouillés et qu’on arrête d’avoir des portables qui sonnent. Donc on aura au moins fait un progrès méthodologique.

Patrick ROGER

Vous parlez de modernité pour Ségolène ROYAL, d’archaïsme pour le Parti socialiste…

Jean-Louis BIANCO

Non, je n’ai pas parlé d’archaïsme pour le Parti socialiste, j’ai dit : quand on dit être plus à gauche, il y a une manière de le faire qui est juste, qui est fondamentale, et j’ai évoqué le pouvoir d’achat, le logement, la vie chère, la précarité. Il y a une manière archaïque qui est de penser que toutes les recettes vont venir par en haut, qu’on va avoir une posture plutôt d’assistance et qu’on va dépenser toujours plus. Je n’ai pas accusé Laurent FABIUS ni le Parti socialiste, j’ai dit que dans l’esprit des socialistes il y a encore un peu le vieux socialisme qui est présent. Et on est en train d’accoucher du nouveau socialisme.

Patrick ROGER

Oui mais est-ce qu’il n’y a pas un risque de voir Ségolène ROYAL s’isoler d’une partie des élus. Encore une fois, c’est Henri EMMANUELLI hier qui appelait à une meilleure coordination. On sent bien que les choses ne fonctionnent pas au même rythme.

Jean-Louis BIANCO

Nous avons mis en place les instruments de coordination qui conviennent, nous nous voyons tous les matins avec François HOLLANDE, avec Ségolène ROYAL, avec les deux directeurs de campagne. Nous avons des réunions plusieurs fois par semaine avec les principaux responsables…

Frédéric HAZIZA

Il n’y en a pas trop des réunions ?

Jean-Louis BIANCO

Je crois pas, il faut que les gens puissent, dans une campagne, être réactifs et se voir souvent…

Frédéric HAZIZA

On voit pas de réaction justement, c’est ça le problème.

Jean-Louis BIANCO

Ah, vous allez commencer à en voir… C’est vrai que le dispositif n’était pas assez resserré, et nous l’avons resserré.

Marie-Eve MALOUINES

De quelle façon vous l’avez resserré ?

Jean-Louis BIANCO

En ayant des réunions plus systématiques et plus nombreuses puisque ce qui se faisait à quelques-uns avec François HOLLANDE, Ségolène ROYAL, François REPSANEM et moi méritait d’être démultiplié, comme nous le faisons maintenant avec les secrétaires nationaux, comme on le fait toutes les semaines avec les premiers secrétaires fédéraux. Donc tout ça est maintenant une machine…

Patrick ROGER

Donc vous corrigez le tir ?

Jean-Louis BIANCO

Nous corrigeons le tir.

Frédéric HAZIZA

Vous corrigez le tir et vous prenez peut-être un peu exemple sur l’organisation de l’UMP ?

Jean-Louis BIANCO

Non, parce qu’on est profondément différent. Chacun fait comme il le sent, nous essayons d’être plus performants, plus réactifs, mieux coordonnés et nous le sommes.

Frédéric HAZIZA

Peut-être pour faire monter les sondages, Marie-Eve ?

Marie-Eve MALOUINES

Oui parce qu’une perte de dix points en près d’un mois dans les intentions de vote, même si on dit que les sondages on n’y croit pas, c’est quand même inquiétant ?

Jean-Louis BIANCO

Alors je sais pas où vous avez vu dix points en près d’un mois. Moi ce que j’ai vu, c’est un recul évident, qui varie selon les instituts. J’ai vu qu’au premier tour dans l’ensemble les derniers sondages, y compris les plus récents, c’est 26, 27, 28 d’un côté, 31, 32 de l’autre. Et que les seconds tours sont suivant les cas, alors le moins défavorable 49-51, un autre 48-52, un autre 47-53, un autre 46-54. Bon. Il y a un recul, c’est évident, mais il n’y a pas un effondrement. Et ce recul s’explique à mon avis par plusieurs choses. Par le fait que François BAYROU apparaît à gauche comme à droite comme un candidat qui suscite plus d’intérêt. Par le fait que nous avons fait des erreurs nous-mêmes en n’étant peut-être pas assez présents, assez réactifs, par le fait aussi que le style de campagne choisi par Ségolène ROYAL ne conduit pas aujourd’hui à mettre en avant ses propositions. Et je répète au contraire que Nicolas SARKOZY lui a mis en scène son fameux sacre. Donc ce recul est normal, naturel, prévisible. C’est un fait évident, ça n’est pas un fait dramatique.

Frédéric HAZIZA

C’est du bonheur, quoi, ce recul ?

Jean-Louis BIANCO

C’est pas du bonheur, c’est normal à cette phase de la campagne.

Frédéric HAZIZA

Alors justement à ce stade de la campagne c’est en tout cas pas très bon pour Ségolène ROYAL. On va le voir avec un sujet d’Aurélie MARCIREAU.

REPORTAGE

Aurélie MARCIREAU

Le 14 janvier, quand Nicolas SARKOZY triomphe, pour Ségolène ROYAL c’est le début des ennuis.

Roland CAYROL, directeur de l’Institut CSA

Avant même que les médias mettent l’accent sur les gaffes de Ségolène ROYAL nos sondages ont commencé immédiatement à frémir, après le grand rassemblement de la porte de Versailles de Nicolas SARKOZY. Donc l’hypothèse c’est que c’est quand même plutôt ça, l’entrée réelle en campagne de Nicolas SARKOZY…

Aurélie MARCIREAU

Les mauvais sondages s’enchaînent et les mauvaises nouvelles s’accumulent, elle aurait perdu les ouvriers reconquis, laissé de côté les profs. Un raccourci médiatique qui serait un peu rapide. Les ouvriers ont décroché du parti depuis 1993 et le travail reste à faire.

Henri REY, directeur de recherche au CEVIPOF

Il n’y a pas de défaveur particulière dans les catégories populaires, mais il n’y a pas de reconquête véritablement engagée dont on pourrait parler aujourd’hui.

Aurélie MARCIREAU

Quant aux professeurs encore nombreux à avoir voté en 2002 à gauche, ils pourraient se détourner, mais l’ancrage idéologique reste fort.

Henri REY

Il y a une structuration, un repère assez fixe droite-gauche qui limite évidemment les tentatives de séduction, de débordement, conduites avec beaucoup de détermination par François BAYROU.

Aurélie MARCIREAU

Alors juste une mauvaise passe ? Dans son camp on se rassure.

Marylise LEBRANCHU, députée PS du Finistère

À l’envers je vous dirai que si vous regardez les sondages de février 2002, on avait un moral du feu de Dieu et…

Jean-Christophe CAMBADELIS, député PS de Paris

Ségolène ROYAL se trouve dans une situation assez classique des candidats de gauche à l’élection présidentielle, il n’y a pas de quoi paniquer.

Claude BARTOLONE, député PS de Seine-Saint-Denis

Elle a su, et le mot était assez choisi au moment de la primaire, créer le désir. Maintenant il faut qu’elle comble ce désirs.

Aurélie MARCIREAU

La date du rebond, c’est elle-même qui l’a fixée, le 11 février, elle dévoilera son projet. Alors forcément la pression augmente.

Roland CAYROL

Oui, la semaine qui va suivre le 11 février sera extrêmement importante du point de vue de la cristallisation de l’opinion.

Aurélie MARCIREAU

Le 12 février, cette phase qualifiée pour l’instant de normale au Parti socialiste pourrait bien devenir critique et la tendance plus difficile à inverser.

Fin du reportage

 

Frédéric HAZIZA

Donc le 11 février c’est un quitte ou double pour Ségolène ROYAL ?

Jean-Louis BIANCO

C’est pas un quitte ou double, mais je voudrais revenir d’un mot, les commentaires qu’on a entendus là me paraissent parfaitement justes.

Frédéric HAZIZA

C’est des commentaires de certains de vos camarades aussi…

Jean-Louis BIANCO

Non, je parlais des commentaires de sondeurs qui ne sont pas des camarades, qui ont : entrée en campagne de Nicolas SARKOZY médiatisée, forte, qui a provoqué un mouvement. Mais qui ont dit en même temps que chez les profs ils restent majoritairement à gauche, que chez les ouvriers il n’y a pas de perte mais la reconquête est en cours ou en tout cas possible. Ça je suis d’accord. Je note aussi, pour parler de mes camarades, que vous avez entendu Marylise LEBRANCHU, amie de Martine AUBRY, donc être dans la manière de travailler avec Ségolène ROYAL, et Jean-Christophe CAMBADELIS, lieutenant de Dominique STRAUSS-KAHN et Claude BARTOLONE, lieutenant de Laurent FABIUS. Donc c’est très bien je trouve que ces trois intervenants soient venus pour expliquer de manière tout à fait normale qu’ils ne sont pas en retrait, ils sont actifs dans la campagne.

Frédéric HAZIZA

Donc c’était un très bon sujet d’Aurélie MARCIREAU.

Jean-Louis BIANCO

C’était un très bon sujet qui me permet de vous montrer l’unité du Parti socialiste en marche.

Marie-Eve MALOUINES

Le 11 février, est-ce que vous ne mettez pas beaucoup trop de pression et vous suscitez une attente de plus en plus forte au risque de décevoir ?

Jean-Louis BIANCO

C’est la logique de la campagne, c’est les médias, c’est nous-mêmes. Encore une fois on aura l’occasion encore dans les jours et les semaines qui viennent, de rappeler, de mieux expliquer un certain nombre de propositions. Demain à Grenoble, dans le forum participatif sur la jeunesse, elle sera amenée à faire des propositions importantes sur la jeunesse, soit qu’elle soit déjà dans le projet socialiste, soit qu’elle les ait déjà exprimées, soit des propositions nouvelles. Elle aura l’occasion également de s’exprimer le 6 février dans un grand meeting à Paris sur lequel là aussi elle aura l’opportunité de faire un discours sur des propositions importantes. Donc tout ne va pas attendre le 11 février et tout ne va pas s’arrêter au 11 février. Au 11 février elle posera des grandes orientations, des grands principes, elle dira ce qu’elle a retenu des débats participatifs.

Patrick ROGER

Mais quelles sont ses grandes orientations…

Jean-Louis BIANCO

Elle vous les dira le 11 février, je vais pas vous les dire avant. Et puis après le 11 février il y aura encore des débats, il y aura encore des expressions et viendra son projet présidentiel dans les semaines qui suivent. C’est important, il y a évidemment une attente qu’on sent, positive ou négative, dans l’opinion, mais on n’attend pas le 11 février pour travailler et ça ne s’arrêtera pas le 11 février.

Frédéric HAZIZA

Si le 11 février il n’y a pas de projet présidentiel, ça sert à quoi le 11 février ?

Jean-Louis BIANCO

Le 11 février il y a des orientations importantes mais il n’y a pas le détail de chaque mesure du projet présidentiel. Tout ne se fait pas le 11 février.

Marie-Eve MALOUINES

Donc on va être déçus ?

Jean-Louis BIANCO

Vous préjugez de ce qu’elle dira. Vous verrez.

Patrick ROGER

Parce qu’à l’heure actuelle quand on interroge la population, les deux choses grosso modo qui sont retenues de la campagne de Ségolène ROYAL, c’est l’ordre juste et les débats participatifs. Avouez qu’en terme de propositions, ça risque d’être difficile d’aller jusqu’au bout.

Jean-Louis BIANCO

Et pourtant elle a proposé des maisons haute qualité environnementale, ce qui fait 100 000 emplois par an. Et pourtant elle a proposé une mise à disposition par l’État des terrains disponibles pour les communes pour construire du logement social, ce qui fait des dizaines de milliers de logements supplémentaires. Et pourtant elle a proposé que tout jeune ne reste pas plus de six mois sans avoir une formation rémunérée ou un emploi. Et pourtant elle a proposé que sur le logement les gens ne soient plus obligés de consacrer 40 ou 50 % de leurs ressources à se loger. Elle a proposé un service public de la petite enfance. Elle a proposé que le soutien scolaire soit gratuit. Voilà, toute une série de propositions. C’est notre faute si on n’a pas su les faire passer, mais elles existent.

Frédéric HAZIZA

Mais elle est victime de ce que certains appellent en communication les 3 L : on lèche, on lâche, on lynche.

Jean-Louis BIANCO

Je connaissais pas ça. Non, c’est simplement le fait que dans une campagne encore une fois participative, où les choses sont dites, y compris en terme de propositions, elles ne ressortent pas parce qu’on est encore dans cette phase-là. Mais les propositions existent, on a un stock et on ne va pas avoir besoin de tout inventer et de tout changer.

Frédéric HAZIZA

Parmi les propositions il y a aussi ces propositions sur le nucléaire qui commencent à faire débat, par rapport à l’UMP et aussi par rapport aux autres forces de gauche. Alors elle veut, vous voulez ou pas fermer des centrales nucléaires ?

Jean-Louis BIANCO

Sur le nucléaire les choses sont en fait simples si on les regarde au fond. Premier point, le Parti socialiste, la candidate Ségolène ROYAL ne veulent pas renoncer au nucléaire. C’est un moyen d’indépendance énergétique et c’est un moyen de lutter contre l’effet de serre. Deuxième point, il faut faire le maximum et beaucoup plus vite qu’on ne le fait aujourd’hui dans la montée en puissance des énergies renouvelables. Troisième point, nous pouvons faire beaucoup mieux qu’aujourd’hui dans les économies d’énergie. Cela étant posé, ça permet à des horizons plus rapprochés peut-être que d’autres ne le pensaient, de pouvoir fermer certaines centrales, même si je sais qu’on peut les prolonger, qui sont vétustes. Alors après on peut discuter… Mais ça ne se jouer pas du jour au lendemain…

Frédéric HAZIZA

Combien de temps ?

Jean-Louis BIANCO

J’en sais rien…

Frédéric HAZIZA

On disait initialement 20 à 25 ans.

Jean-Louis BIANCO

Je ne sais pas. C’est pas la présidente de la République qui va fixer le calendrier de fermeture d’une centrale. Ce qui est important c’est que les gens sachent qu’on tient compte des avis qui sont émis et qu’on regardera localement au cas par cas lesquelles il faut fermer et quand. Mais les fondamentaux c’est : oui à l’énergie nucléaire comme lutte contre l’effet de serre, oui aussi au fait que ça part doit diminuer autant qu’il sera possible, parce qu’on veut mettre en avant les énergies renouvelables et donc en fonction de ça on aura des centrales à prolonger et des centrales à fermer.

Marie-Eve MALOUINES

Les critères pour les centrales à fermer ce sera en fonction de leur vétusté, de leur âge et de leur capacité technique ?

Jean-Louis BIANCO

Bien sûr.

Marie-Eve MALOUINES

C’est plus une question idéologique de fermeture de centrale ?

Jean-Louis BIANCO

C’est pas du tout une question idéologique. Sauf que c’est une occasion d’aller plus nettement et plus vite vers l’après pétrole, vers la diminution de la part d’énergie nucléaire au profit d’économies d’énergie d’un côté et d’énergies renouvelables de l’autre. C’est une des manières de faire.

Marie-Eve MALOUINES

En disant clairement comme cela que vous n’êtes pas pour l’arrêt du tout nucléaire, est-ce que vous ne risquez pas d’alimenter une candidature très environnementale qui est celle de José BOVÉ qui lui est radicalement contre ?

Jean-Louis BIANCO

Mais nous n’allons pas, nous les socialistes ou Ségolène ROYAL, prendre des positions en fonction de ce que ça va nous rapporter, entre guillemets, d’un côté ou de l’autre. Ce sont des positions affirmées très clairement dans le projet socialiste, auxquelles elle apporte sa marque mais qui ne s’en écartent pas fondamentalement et qui sont je crois des positions raisonnables. Maintenant j’admets que des gens disent : les énergies renouvelables ça ne peut pas marcher. J’admets que d’autres disent : le nucléaire c’est dangereux et il faut arrêter. Nous disons que le nucléaire doit être beaucoup plus transparent, que le contrôle doit être beaucoup plus démocratique, plus visible qu’il ne l’est aujourd’hui parce que les gens ont encore un petit doute, même s’il y a des efforts qui sont faits dans ce sens-là. Mais nos fondamentaux c’est : énergies renouvelables, économies d’énergie, maintenir le nucléaire. En tout cas un jour on sortira du nucléaire, peut-être quand on aura trouvé l’énergie de la fusion, mais on ne peut pas dire qu’on va sortir du nucléaire dans les 5, 10 ou 15 prochaines années.

Frédéric HAZIZA

Vous avez entendu ce que Nicolas SARKOZY dit : “ Ségolène ROYAL veut revenir à l’âge du charbon et de la bougie. ”

Jean-Louis BIANCO

Oui, voilà le niveau de la campagne. Ça c’est remarquable, ça c’est intelligent, ça c’est un candidat digne.

Frédéric HAZIZA

Mais c’est pas moi !

Jean-Louis BIANCO

Non, je m’adresse à Nicolas SARKOZY à travers vous.

Patrick ROGER

Dans ce domaine vous vous situez plutôt dans la continuité que dans la rupture ?

Jean-Louis BIANCO

Absolument. Mais enfin continuité sur le choix fondamental de l’énergie nucléaire, rupture sur le fait qu’on a été beaucoup trop lent, beaucoup trop mous dans les changements des comportements et dans les énergies renouvelables.

Frédéric HAZIZA

Alors rupture ou continuité, je ne sais pas, on continue à parler de José BOVÉ.

Marie-Eve MALOUINES

Est-ce que vous redoutez sa candidature ou pas ?

Jean-Louis BIANCO

J’ai vu qu’il y avait des débats là-dessus, que les gens et les autres s’étaient exprimés. D’abord il y a quand même une évidence, moi je ne suis pas de ceux qui disent à tel ou tel, Nicolas HULOT, José BOVÉ, il faut vous présenter ou il ne faut pas vous présenter.

Frédéric HAZIZA

Mais sur les conséquences d’une éventuelle candidature ?

Jean-Louis BIANCO

J’y viens, mais c’est pour rappeler quand même que ce sont les uns et les autres des hommes ou des femmes libres et qu’ils ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent. Je n’ai pas, moi, à exercer une pression quelconque dans un sens ou dans un autre.

Marie-Eve MALOUINES

C’est ce que disait JOSPIN en 2002 et on a vu comment ça s’est terminé.

Jean-Louis BIANCO

Oui mais entre temps nous on a quand même la chance d’avoir un accord avec les radicaux de gauche et les citoyens, ce qui n’est pas la situation de 2002 pour Lionel JOSPIN. Donc il a le droit de se présenter. Deuxièmement il incarne quelque chose, c’est clair, on le sait. Alors ça risque de compliquer les choses, bien sûr, plus il y a de candidatures à gauche au sens large, plus ça risque d’être compliqué et d’entraîner une dispersion des voix au premier tour. En même temps ça peut peut-être aussi ramener vers Ségolène ROYAL qui sera la candidate de la gauche au deuxième tour d’autres voix. Donc voilà, moi ça m’amuse modérément de faire des pronostics, de toute manière il fera ce qu’il veut, et donc on fera avec sa décision.

Patrick ROGER

Une des données n’est-elle pas en revanche au second tour le faible réservoir de voix dont la gauche semble disposer justement à la gauche du PS ?

Jean-Louis BIANCO

Aujourd’hui c’est vrai, ce que vous dites est vrai. Le total gauche est faible dans les sondages, c’est même peut-être plus frappant que le recul qu’on évoquait de Ségolène ROYAL, ou la montée que tout le monde a notée de François BAYROU. Je crois aussi que ça va bouger dans la campagne, parce que Marie-George BUFFET est rentrée en campagne il n’y a pas très longtemps, Dominique VOYNET commence à rentrer en campagne, peut-être José BOVÉ, donc je pense que ce sont des choses qui peuvent bouger pendant la campagne. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on aura besoin d’abord de rassembler toute la gauche, c’est clair, mais aussi d’avoir d’autres gens, des gens incertains, des gens déçus, des gens qui s’interrogent, pour faire une majorité.

Patrick ROGER

Des gens qui vont chez François BAYROU par exemple ?

Jean-Louis BIANCO

Par exemple. Mais on n’est pas en raisonnement de, entre guillemets, piquer un électorat. On est en raisonnement de convaincre des gens, et je pense d’abord aux gens des classes populaires qui ne vont pas voter, aux gens qui doutent, aux gens qui s’interrogent. C’est ça qu’il faut rassembler, d’abord les gens de gauche et ensuite le plus grand nombre possible pour le deuxième tour.

Frédéric HAZIZA

On s’attarde quelques instants sur François BAYROU.

Marie-Eve MALOUINES

Est-ce que vous pensez qu’il porte lui aussi un message un peu de rupture différent et qu’il peut aller chercher des gens qui ne voulaient pas voter ?

Jean-Louis BIANCO

Je ne le crois pas. Dans ses propositions je n’ai pas vu où était la rupture dans son passé qui est quand même celui de ministre du gouvernement de droite, d’avoir voté à peu près tout le temps avec la droite, je vois pas où est la rupture. Cela dit, il intéresse et c’est bien que les gens s’intéressent aussi à lui. Moi je ne vois pas encore une fois où est la rupture. J’ajoute un point, puisqu’il y avait débat, on disait est-ce que le 11 février pour Ségolène ROYAL c’est pas beaucoup trop tard, François BAYROU lui a dit fin février et personne ne lui a dit que c’était beaucoup trop tard pour son projet présidentiel.

Marie-Eve MALOUINES

Est-ce que vous pensez que le centre n’existait pas en France, que c’est impossible, on est forcément ou de droite ou de gauche ?

Jean-Louis BIANCO

Je crois que le centre politiquement en France a du mal à exister, parce que nous avons cette bipolarisation idéologique, parfois excessive parce qu’il y a des points d’intérêt national, d’intérêt républicain, qui peuvent, qui doivent et qui rassemblent les gens au-delà des clivages partisans. Mais c’est un fait qu’il y a cet affrontement. En même temps on a une droite qui est souvent une droite dure, donc il y aurait peut-être un espace pour un centre. Mais politiquement ce centre a du mal à exister. Ce centre historiquement, depuis des années et des années, a à peu près tout le temps été allié avec la droite.

Patrick ROGER

Vous croyez qu’on va y revenir ?

Jean-Louis BIANCO

Je ne vois pas aujourd’hui dans les propositions de François BAYROU, dans les forces qui le soutiennent, dans les électeurs qui l’ont porté, de signe qu’il ne soit pas principalement lié à droite, même s’il a son autonomie et sa personnalité.

Frédéric HAZIZA

Alors il y a le centre, il y a la droite mais il y a aussi ceux qui veulent innover. C’est ce qui semble être le cas de Nicolas SARKOZY qui est allé à Londres s’inspirer du modèle de Tony BLAIR.

Nicolas SARKOZY

Moi je ne suis pas sectaire. Je parle avec Tony BLAIR, j’ai parlé avec monsieur ZAPATERO. C’est l’Europe. L’Europe doit nous amener à parler avec les leaders des grands pays, pas en fonction de choix partisans et sectaires. Si madame ROYAL ne rencontre pas Tony BLAIR, c’est qu’elle pense qu’elle n’a rien à en apprendre, c’est son choix, je n’ai pas de commentaire à faire.

Marie-Eve MALOUINES

Alors Jean-Louis BIANCO, est-ce que vous êtes sectaires ?

Jean-Louis BIANCO

Je ne sais pas, là encore, pourquoi Nicolas SARKOZY tombe dans la caricature au lieu de mener une campagne sérieuse et digne, comme il prétend le faire. Ségolène ROYAL a rencontré toute une série de leaders européens qui ne sont pas tous socialistes. Elle est invitée par madame MERKEL qu’elle va rencontrer à Berlin au début du mois de mars. C’est une évidence qu’elle rencontre tous les leaders de l’Europe pour construire avec eux la relance de l’Europe et la réorientation de l’Europe vers une Europe plus sociale. Ça oui, ça nous distingue de Nicolas SARKOZY. Nous voulons une Europe où la loi du marché soit moins forte et où le social ait plus de place.

Patrick ROGER

Et alors quand elle fait des déplacements à l’étranger on entend des polémiques monter sur le degré d’incompétence, d’impréparation de Ségolène ROYAL ?

Jean-Louis BIANCO

Alors ça écoutez, j’aimerais qu’on arrête. Moi j’aimerais que vous interrogiez, vous les journalistes français, Jose-Luis ZAPATERO, Romano PRODI, JUNKER, le Premier ministre Luxembourgeois. Ce sont des gens qui ont tous une admiration pour elle. Moi je me rappelle d’un dîner avec le secrétaire général de Romano PRODI, qui est un jeune type extrêmement brillant, on a eu un dîner où on était quelques-uns avec Ségolène ROYAL. À la fin il a dit : on dit que vous êtes seulement une image, seulement une icône, mais plus je vous entends, plus je suis convaincu. Le premier ministre japonais, le protocole japonais c’est très strict, qui devait rester vingt minutes avec elle est resté presque une heure, parce que ça l’a intéressé. Donc si vous voulez avoir un jugement sur la compétence de Ségolène ROYAL, regardez vos collègues de la presse étrangère et regardez les leaders étrangers qu’elle reçoit ou qui l’invitent.

Frédéric HAZIZA

Là on va regarder les chiffres du chômage.

Marie-Eve MALOUINES

Le chômage a de nouveau baissé en France. Au lieu de se réjouir on polémique en disant que ce ne sont pas les bons chiffres.

Jean-Louis BIANCO

Alors le “ on polémique ” est intéressant, moi j’ai entendu le directeur de l’UNEDIC, dont je ne sache pas que c’est un militant d’extrême gauche, un militant socialiste, s’interroger, comme beaucoup de journalistes qui ne sont pas tous mus par un horrible complot socialiste, se demander pourquoi l’INSEE avait tant de problèmes techniques qui faisaient qu’elle ne pouvait pas rectifier, corriger les chiffres du chômage en fonction de ses propres données. On sait très bien qu’il y a des radiations énormes. Il suffit, moi je le vois chez moi, d’interroger les agents de l’ANPE, d’interroger des chômeurs. J’ai un cas par exemple absolument extraordinaire, un chômeur à qui on dit : il faut que vous suiviez un stage de formation. Il suit le stage de formation, comme c’est pas toujours très bien organisé par manque de moyens, il est convoqué, il n’est pas venu à la convocation, il est radié. J’ai dû me battre pendant trois semaines pour le faire réinscrire. Alors avec ça évidemment on dégonfle les chiffres du chômage. Avec aussi le fait qu’il y a une évolution démographique, qu’il y a plus de gens qui partent à la retraite…

Frédéric HAZIZA

Mais ça c’était prévu.

Jean-Louis BIANCO

Oui bien sûr. Donc si le chômage baissait réellement, tant mieux. Cela dit, radiations abusives, phénomènes purement démographiques, discussions sur la validité des chiffres, on peut légitimement, et je ne fais que reprendre les interrogations des économistes, des statisticiens, des comités d’experts, douter de la réalité de cette baisse du chômage.

Frédéric HAZIZA

À quelques centaines de kilomètres de paris, à Londres, le taux de chômage est de 4,5 %. C’est à mettre au crédit du social libéralisme ou du libéralisme ?

Jean-Louis BIANCO

Alors d’abord, sans vouloir toujours dire que tout va mieux chez nous et tout n’est pas aussi rose chez les autres, il faut savoir – ça n’enlève rien au mal français qu’est le chômage – qu’au Danemark, aux Pays-Bas, sans parler des États-Unis, en Angleterre, ils ne comptent pas les chômeurs comme nous. Il y a toute une partie de gens qui chez nous sont chômeurs et qui chez eux sont suivant les cas dans des systèmes d’invalidité, de handicap et de retraite. Ceci pour dire que le chiffre anglais réel est probablement assez nettement plus fort, d’après les économistes que j’ai consultés, c’est plutôt 6 ou 7 % que 4. Mais ils ont obtenu des résultats. Mais Tony BLAIR a obtenu des résultats…

Frédéric HAZIZA

Tony BLAIR le libéral ou le socialiste ?

Jean-Louis BIANCO

Mais je m’en fiche, pardonnez-moi, Tony BLAIR qui est Tony BLAIR, je ne vais pas lui coller des étiquettes. Dans ce qu’a fait Tony BLAIR il y a des choses qui peuvent inspirer, intéresser les gens de gauche. La lutte contre la pauvreté, l’effort qu’il fait, et il a beaucoup de travail pour restaurer des services publics. Et puis il y a une méthode qui est différente, aussi parce que la société anglaise est différente, en Angleterre on accepte beaucoup plus la précarité pour avoir un emploi qu’on ne l’accepte en France, et là-dessus nous sommes différents. Donc nous ne pouvons pas suivre le modèle anglais dans la précarité comme moyen de diminuer le chômage.

Marie-Eve MALOUINES

Nicolas SARKOZY propose une baisse de 4 points des prélèvements obligatoires pour rendre 60 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français. Est-ce que ça c’est une bonne idée, une bonne mesure qui relancerait la consommation ?

Jean-Louis BIANCO

D’abord, puisqu’on parle de compétence, il s’est trompé sur les chiffres. 4 points de PIB 2007, c’est pas 68, c’est 72, mais je ne vais pas…

Frédéric HAZIZA

On n’est pas à 4 milliards près !... Il dit sur 10 ans.

Jean-Louis BIANCO

68 milliards d’euros, je n’ai toujours pas compris et je crois les Français et les économistes non plus où il les trouve. 72 milliards c’est encore un peu plus difficile.

Frédéric HAZIZA

Il dit sur 10 ans maintenant.

Jean-Louis BIANCO

Je vais y venir. Parce qu’en plus de ça il y a le financement de son programme, qui même de l’avis de l’Institut de l’entreprise, là aussi c’est pas une officine du Parti socialiste, coûte probablement plus cher que le programme socialiste. Donc c’est 110 ou 120 milliards d’euros qu’il faut trouver. Où les trouve-t-il ? Il n’a toujours pas expliqué. Sauf en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Ça veut dire qu’on aura 100 000, 150 000, 200 000 professeurs, infirmières, policiers non remplacés.

Marie-Eve MALOUINES

Avec Ségolène ROYAL tous les fonctionnaires resteront ?

Jean-Louis BIANCO

Avec madame ROYAL on regardera partout l’efficacité de la dépense publique. Je ne vous dis pas qu’il n’y a pas des endroits, notamment des administrations centrales, si on s’organise mieux, si on déconcentre, on ne peut pas faire, entre guillemets, des gains de productivité. Il y a des endroits où il en manque. Il en manque dans les hôpitaux, il en manque à l’Education nationale. Mais j’en reviens à Nicolas SARKOZY…

Frédéric HAZIZA

Il en manque, mais globalement il y en a trop ou pas ?

Jean-Louis BIANCO

Ça veut rien dire, ça dépend des politiques qu’on mène, ça dépend des besoins qu’on a. Mais je voudrais revenir sur la question que vous me posiez au départ. Donc il n’a toujours pas dit où il trouvait ces économies. Il avait dit d’abord 5 ans, parce que le mandat présidentiel c’est 5 ans. Maintenant il dit 2 législatures. Alors il évoque les aides aux entreprises, en disant : on va faire des économies là-dessus. Mais comment va-t-il supprimer des aides aux entreprises aujourd’hui ?

Frédéric HAZIZA

Il parlait des 35 heures aussi.

Jean-Louis BIANCO

Oui mais dans la même phrase il dit que ça poserait des problèmes de productivité. Donc je n’ai pas vu aujourd’hui l’ombre du début du commencement d’un financement des 68 milliards d’euros. Donc je pense que c’est une annonce qui n’est pas sérieuse. Mais surtout le tout petit début de réponse, qui d’ailleurs ne représente que quelques milliards d’euros sur les 68, c’est de ne pas remplacer les fonctionnaires qui partent à la retraite. Et ça, par rapport au service public, voilà une différence centrale entre la gauche et la droite.

Patrick ROGER

On parlait du modèle anglais mais justement on constate que le nombre de Français inscrits sur les listes électorales à l’étranger est passé en 5 ans de 350 000 à plus de 800 000. Et l’UMP y voit la preuve que les forces vives filent à l’étranger, que la France est devenue une sorte de pays d’émigration. Est-ce que vous partagez cette analyse, pour des raisons fiscales et professionnelles.

Jean-Louis BIANCO

La France est aussi un pays d’immigration de cadres. C’est un pays attractif pour les investissements étrangers, malgré toutes les rigidités qui parfois sont réelles et malgré ces fameuses 35 heures d’où nous viendrait tout le mal. Les patrons étrangers, les cadres étrangers qui vivent en France reconnaissent la qualité de l’école maternelle, la qualité des systèmes de garde même s’il n’y en a pas assez, la qualité du service public. Et quant à la fiscalité, c’est très facile de faire la comparaison, il faut regarder fiscalité et sécurité sociale. Vous savez que les patients anglais sont obligés d’attendre trois ou quatre mois pour se faire opérer et d’aller parfois de l’autre côté de la Manche. Donc c’est plus intéressant fiscalement et socialement si on est un jeune célibataire très bien payé d’être en Angleterre, et c’est moins intéressant dans tous les autres cas. Voilà la réalité. Mais la réalité aussi, et c’est tant mieux, c’est qu’il y a de plus en plus de jeunes Français qui vont, pas principalement pour des raisons fiscales, parce qu’ils ont envie de vivre autre chose, de créer leur entreprise, que c’est sans doute plus facile en Angleterre qu’en France, ça c’est vrai, mais ils vont aussi en Allemagne, mais ils vont aussi en Italie, et d’autres jeunes Européens viennent en France. Donc plutôt que de continuer à avoir cette vision caricaturale, c’est la faute aux 35 heures, c’est la faute à la fiscalité, réjouissons-nous de ce que les échanges humains se font dans les deux sens en Europe.

Patrick ROGER

Donc Nicolas SARKOZY est toujours dans une vision décliniste, entre guillemets, de la société française ?

Jean-Louis BIANCO

Absolument.

Marie-Eve MALOUINES

Mais une de ses positions aussi c’est de revaloriser la valeur travail, ce que dit également Ségolène ROYAL, et dans sa philosophie il faudrait en finir avec l’assistanat et en finir avec les minima sociaux accordés sans activité. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?

Jean-Louis BIANCO

Je crois que Nicolas SARKOZY a tort d’opposer en permanence deux France, celle qui travaille et celle qui a le droit d’avoir la rémunération de son travail et puis on a l’impression qu’il y a toute une horde d’assistés qui vivent aux crochets de l’État, des chômeurs, des RMIstes, des handicapés. C’est pas ça la réalité de la France. La réalité de la France c’est qu’il y a des gens qui travaillent et il y a des gens qui ont un travail précaire, qui voudraient bien qu’il soit moins précaire, qui voudraient travailler et qui ne peuvent pas travailler. La valeur travail, pour Ségolène ROYAL, ça ne veut pas dire la même chose que pour Nicolas SARKOZY. La valeur travail pour Nicolas SARKOZY, c’est les heures supplémentaires, comme si d’ailleurs vous vous présentez demain, vous êtes caissière, vous êtes employée dans un bureau, vous êtes agent du bâtiment, vous dites : je voudrais faire des heures en plus, monsieur le patron. Le patron, il donnera des heures en plus s’il a du travail. Et pour qu’il ait du travail il faut qu’il y ait des consommateurs. Et pour qu’il y ait des consommateurs il faut qu’il y ait du pouvoir d’achat. Donc ce que nous voulons nous c’est que plus de gens travaillent, c’est que les jeunes puissent trouver un travail, c’est qu’on arrête de virer les gens à 50 ou 55 ans. C’est donc pas la même vision de la valeur travail. Nous c’est la valeur travail de l’embauche et du salaire, Nicolas SARKOZY c’est la valeur travail des heures supplémentaires.

Frédéric HAZIZA

Il dit aussi, Nicolas SARKOZY, plus de travail, plus d’autorité, plus de responsabilités. Ségolène ROYAL n’est pas loin de tout ça ?

Jean-Louis BIANCO

Je sais pas très bien ce qu’il entend par plus d’autorité, plus de responsabilités. Responsabilité, je crois qu’on peut partager ça, en effet. Autorité, je ne sais pas. Si l’autorité c’est que la France d’en haut dise dans un grand discours à la France d’en bas ce qu’elle va faire, nous c’est pas la même chose. L’autorité c’est ce qui s’appuie, c’est l’autorité juste sur une connaissance et sur une écoute des gens.

Marie-Eve MALOUINES

Il propose de supprimer la taxation des heures supplémentaires, parce que les entreprises disent aussi : pour donner du travail il faudrait qu’elles aient moins de charges.

Jean-Louis BIANCO

Ça c’est le discours permanent des entreprises sous tous les gouvernements à toutes les époques. Ce que je crois c’est qu’il faut en effet que les petites entreprises, que les entreprises innovantes, que les entreprises qui font l’effort d’embaucher des gens sur des durées indéterminées quand c’est possible soient valorisées. Ce que nous proposons nous c’est un système de bonus malus. Le projet socialiste propose par exemple d’avoir un impôt sur les sociétés moins fort quand on réinvestit dans les entreprises et plus fort quand on va simplement servir la rente et la spéculation. Voilà des propositions concrètes. Nous sommes prêts, nous, à envisager des diminutions d’impôt, des diminutions de charges, mais à condition que ce soit du donnant-donnant, du gagnant-gagnant, et qu’on ait des contreparties en terme d’emploi.

Patrick ROGER

Ça veut dire que vous vous inscrivez quand même dans une logique d’allègements de charges et d’allègements fiscaux ?

Jean-Louis BIANCO

Nous ne nous interdisons pas cette méthode-là, qui n’est pas la seule pour créer de l’emploi. Il faut aussi des emplois du développement durable, il faut aussi du pouvoir d’achat, surtout du pouvoir d’achat parce que la vie chère, on le voit dans les débats, c’est le problème numéro un. Mais aussi bien sûr donner plus de liberté aux entrepreneurs qui créent des emplois.

Frédéric HAZIZA

Pour conclure, monsieur BIANCO, vous êtes un directeur de campagne abattu, préoccupé ou carrément désemparé ?

Jean-Louis BIANCO

Je suis un directeur de campagne heureux, confiant dans ma candidate et confiant dans l’issue du scrutin.

Frédéric HAZIZA

Merci d’avoir répondu à nos questions aujourd’hui et à mercredi prochain. FIN.

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2007